Rangement de sentiments

image

Je voulais vous dire que j’ai toujours ce foutu blocage que je garde en moi, précieusement. Non pas que j’y tienne. Mais un peu comme si j’avais besoin sans cesse de faire rencontrer le passé et le présent.

"Présent je te présente mon passé…"

"… Passé je te présente mon présent…"

"Enchanté"

Alors souvent, j’essaye. Je me dis, ce soir, je ne fais rien. Ce soir, je fais du rangement. Pas pour retrouver la soeur de la chaussette rose que j’ai retiré il y a 15 jours, sur le fil à linge. Du vrai rangement.

Du rangement dans ma tête.

Remettre la chronologie dans l’ordre, ça doit pas être si compliqué. Prendre un sentiment, le ranger dans ce tiroir là, en prendre un autre le mettre dans la machine à laver, mettre une étiquette sur le tiroir, le refermer délicatement…

Mais je suis pas réellement copain avec le rangement, je sais pas faire.

Vous savez, j’ai toujours aimé les chaussures. Tiens, et ma mère m’en a offert de nouvelles. Puis, elle m’a avoué ce matin, que c’était pour avancer, pour ne plus regarder derrière et pour marcher droit devant.

"C’est toujours mieux d’avancer avec de jolies chaussures" qu’elle me dit.

Les gens avec de la vie dedans.

image

Hier soir, en tant qu’enfant adoptive du caillou, je suis allée boire un rhum Vanille à la pointe de l’île. Là où les gens défilent, marchent, vont & viennent. La pointe de l’île, ce lieu de passage, où, discrète, je me sens bien, coincée dans ma bulle d’observatoire invisible.

Il y a ces trois nanas, toutes droites sorties d’une fashion week, qui sont passées en riant à la fois de façon exagérée & de manière particulièrement aiguë . Ce genre de nanas (américaines de surcroit) qu’on croise souvent à St-Barth. Montre moi ta robe, je te dirais qui tu es. Ce genre de petites nanas qui ne m’intéressent pas habituellement, que mon esprit oublie bien trop facilement. Probablement parce qu’elles et moi on a pas vraiment la même vie, pas les même robes, pas la même carte bancaire et encore moins la même importance du “paraître”. 

Et je les ai oublié. Jusqu’à ce matin, en faisant la grimace sur mon café quotidien. En surplombant la rue, les yeux dans le plein et le vide. Elles sont passées, toutes les trois. Vêtues d’un de ces discrets pyjamas, qui pourrait se porter sans trop de difficultés en pleine journée. Elles m’ont éveillé un sourire au coin de la bouche.

Les “vrais gens”, ils sont faciles à voir, ils vont à la boulangerie, ils donnent la main à leurs enfants, ils comptent le nombre de cigarettes qu’ils leur reste, ils conduisent pieds nus et ils chantonnent pendant les émissions de Michel Drucker sur France 2.

Avant hier, je pensais qu’il y avait d’un côté les vrais gens et de l’autre les faux, ceux qui vivent dans une vie rêvée. Je pensais qu’il y avait les gens qui ne ressentent pas réellement les choses, les sentiments, les sensations. 

Des années d’études des humains rigolos et un Master en psychologie de café plus tard, j’me suis plantée.

Les vrais gens, ils sont partout. Même caché sous un faux déguisement. Ils se retrouvent en pyjama dans les rues, à 10h du mat’.

Exploration du papillon : Carnet de voyage en Guada truc truc

"La Guadeloupe, ça à la forme d’un papillon, tu sais ?"

Il y a quelques jours, j’ai pris un malin plaisir à voir le caillou devenir tout petit petit, au loin dans le ciel. Pour m’envoler vers un autre caillou, avec le p’tit pilote.

Alors, tu vas me dire “fais pas ta maligne, cocotte, t’habites dans les caraïbes, sur une île paradisiaque et tu trouves le moyen d’avoir besoin de vacances ?” D’une certaine façon, je crois que tu as raison. Et en plus de ça, j’ai pas tellement envie de te contredire. Mais d’une autre, c’est plutôt que l’occasion s’est présentée, est tombée à pic (à coeur, à trèfle) alors on a sorti notre épuisette et on l’a attrapé. L’occasion. On est parti, se ressourcer ailleurs. Parce que tu vois, vivre sur le caillou, c’est drôlement chouette. Mais c’est un tout petit caillou, ou tout le monde se connait, ou tout le monde se sourit, se parle. Ou tout le monde sait qui tu es, ce que tu fais, d’où tu viens. Alors forcement, se sauver quelques jours, devenir des anonymes vacanciers c’est plutôt appréciable. Puis, ouvrir ses yeux un peu plus fort pour regarder de nouveaux horizons, moi j’aime bien ça.

Alors, j’ai regardé la mer, j’ai bu la tasse d’eau salée, j’ai mangé du poisson avec des arêtes, j’ai vu de jolis oiseaux qui battent des ailes très rapidement, j’ai bullé en regardant le ciel et les arbres,

Et sans rire, c’était vraiment chouette d’aller faire voyager mes robes à fleurs sur une île qui a la forme d’un papillon.

Ces petites choses de la vie.

Tout à l’heure j’avais la tête ailleurs, je boudais pour deux francs six sous, alors j’ai décidé de rentrer à la maison sur l’île, en marchant. Bien décidée même. A faire non de la tête si quelqu’un s’approche. Après tout, je boudais. Pour du vrai, quand même. Il s’est mis à pleuvoir, ça m’a rappelé que j’avais au moins cette raison de faire la moue. Alors, en essayant de tenir bon, j’ai commencé ma course contre le temps, contre la côte qui mène au phare. Jusqu’a ce que ce petit camion rouge s’arrête 20 mètres plus loin, bloquant ainsi la file de voitures à ma hauteur, essayant une sorte de marche arrière. Impossible et ridicule, la marche arrière. Malgré toutes mes contestations intérieures, j’ai pas vraiment le choix, que de faire quelques pas en trottinant pour monter à bord du camion rouge de SOS ALAIN TRANSPORT.

"Salut, je m’appelle Alain", qu’il me dit en me serrant la main, alors qu’une dizaine de voitures s’impatientaient derrière nous.

"Ouais, je sais, c’est écrit SOS ALAIN sur ton camion, mais j’savais pas si Alain c’était ton prénom ou ton nom de famille"

Et mon humour, se cachait dans mes sandalettes.

SOS ALAIN, il m’a raconté qu’il est arrivé sur l’île il y a 30 ans, que le jour de son arrivée, il voulait déjà repartir. J’ai pas vraiment compris pourquoi mais il avait l’air d’avoir de bonnes raisons.

Avant d’arriver, il m’a balancé “T’es pas marié, ma p’tite ?”              D’un coup, je me croyais dans un épisode de la petite maison dans la prairie. “Ben non, j’suis pas mariée”, “Ça se voit que t’es pas mariée, une p’tite qui rentre chez elle à pieds en faisant la tronche, ça a plein d’amoureux mais c’est pas mariée”.

Je descends du camion rouge, en esquissant un sourire. 

Et en montant la petite rue jusqu’a chez moi, je me surprends à chantonner SOS AMOR. 

Alain Bashung.

SOS ALAIN.

En fait, c’est le gars, le plus drôle de toute ma journée.

Tes hormones féminines, ce phénomène incontrolable et incompréhensible

image

Mais ça c’était avant de tomber sur cette vidéo choupi-mimi-truc à souhait, d’un mec (que j’épouse avant même d’avoir vu sa tête) qui passe une heure à sauver un écureuil de la noyade.

écureuil + sauvetage = je craque ma p’tite culotte

Trop de sensibilité en toi, t’as vu.

Sinon, ouais ouais, ça va.

Je me balade pieds nus, parce que je perds toujours autant mes chaussures. En parlant de chaussures, j’avais trouvé la paire de pompes de mes rêves, armée de ma carte banquaire, j’allais passer commande ni une ni deux, avant qu’une nana (ou un mec que sais-je), décide au même moment, d’acheter les chaussures de mes rêves en ligne et en pleine nuit. Merci hein, vraiment, merci !

Du coup, je me console, tous les soirs, je vais à la plage, me trémousser un peu. Alors t’imagine bien qu’a 17h30, je fais ma petite tête de souris pour quitter le travail à l’heure, et partir me baigner avec Philippe. Philippe? Ben, ouais Philippe, la bouée Dinosaure en plastique bleu turquoise… Niveau drague, c’est l’accessoire IN, t’imagine bien… Et sans te mentir, c’est encore mieux qu’un papa bien foutu qui promène son bébé. Enfin, quoique…

La plage, les palmiers, le soleil sur mon nez, tout ça tout ça. :)

Raconte moi ta p’tite vie, toi.

Love, etc…

En fait, ton taff c’est de raconter ta vie dans un magazine? Ouais ouais, c’est un peu ça…

Elle est chiante la mini croquette, elle nous montre ses photos de rêve, elle nous parle des gens de là bas, et à nous elle nous parle même plus dans ses articles" …

Je suis là, je suis toujours là. Je ne me suis pas perdue dans le paysage paradisiaque qui m’entoure. Ça fait un peu plus de deux mois que je suis ici. Le temps passe vite et parfois non. A l’autre bout du monde, le temps reste le même, les peurs restent les mêmes, les joies et les sourires aussi. Mon aventure sur le caillou me donne envie d’en visiter d’autres. De parcourir d’autres caillou. Seule ou non. Avec un sac à dos à fleurs & des biscuits aux pépites de chocolat.

Certains soirs, je me surprends à vouloir être chez moi, allumer une bougie dans l’appartement, ouvrir la fenêtre et regarder la rue respirer en écoutant Simon and Garfunkel, faire infuser un thé à la menthe. Je reprends mes esprits, d’un léger coup de manche, j’essuie cette petite mélancolie qui brille au fond des yeux. Je suis ici. Je suis arrivée ici toute seule. En regardant l’horizon, en regardant devant moi, sans oublier le joli livre que j’ai lu et ses pages parcouru. Je me construis de nouveaux projets : je commence par planter des radis dans un jardin inconnu. 

Ne pas regarder derrière. Ne pas trop regarder derrière. Sortir de temps à autre l’épuisette que j’ai dans la poche. Y attraper quelques souvenirs qui sont restés coincés, les plus jolis. Pour se donner la peine et le courage d’avancer. 

Augmenter le volume sonore sur une musique qui met en joie. Augmenter encore un peu plus.

Respirer.

Ma colocation avec… des moustiques!

image

La nuit dernière, armée de ma raquette électrique et de mon spray surpuissant, j’ai passé deux heures (ces deux heures précieuses coincées entre la phase somnolence et sommeil profond, qu’il ne faut surtout pas négliger afin de ne pas te retrouver avec des valises sous les yeux, le lendemain matin) à traquer ce minuscule individu à peine visible appelé scientifiquement Culicidae. Mais si, tu sais, cet être volant qui, soyons d’accord dessus, ne sert strictement à rien et se permet de venir danser la salsa autour de tes mirettes en s’imaginant que ton espace vital peut lui servir de dancefloor, sans même te demander l’autorisation.

L’image de moi-même à cette heure là, n’a rien de très valorisant… Dans mon pyjama en pilou pilou à battre l’air de droite à gauche et de haut en bas. Debout sur mon lit, à tendre l’oreille afin de localiser le suspect… Je crois même que ce moment aussi ridicule que tragique pourrait être utilisé pour faire le buzz dans un reportage diffusé sur M6 le samedi après midi « Dans l’enfer des asiles psychiatriques… »

Après avoir fait 18 fois le tour de moi-même en l’instant de 10 secondes et balancé le seul magazine que j’avais sous la main dans l’espoir de le faire tomber avec un coup de vent puissant, je discerne l’ennemi en train de reprendre son souffle. Bien tranquillement posé sur le mur. Dans un élan de colère et de folie j’écrase ma main sur tout son être d’une manière sanguinaire et laisse ainsi une trace inerte de la victime auprès de ses feux copains passés par là, la veille et l’avant veille.

Cette nuit là, je m’endors d’un œil dans un état de psychorigidité extrême. A l’affût du premier bruit laissant croire que le Suspect numéro 1 a repris vie miraculeusement.

Alors, le lendemain matin, après cette nuit de traque intensive et ce supplément de valises (qui ne serait même pas accepté sur un vol St Barth-St Martin) sous mes yeux, je trouve le peu de force qu’il me reste pour beurrer mes tartines grillées.

Et c’est en ouvrant la bouche en baillant d’une façon assez spectaculaire, que le frère de ma victime nocturne décide de crier vengeance en se posant sur ma joue droite…

image

Puis, moi, j’aime bien moi, être encore dans le magazine! :)

St Barth ou l’île ou tout le monde se connait…

En métropole, j’ai grandi dans un petit village. Hormis la météo, les moustiques et l’océan qui entoure le caillou, il y a un langage parfois très similaire «Mais si tu sais, le frère de la grand mère de Michel, celui qui est marié à la sœur du facteur, tu le connais? ».

#Séance baskets

Ici, si tu es armé d’une bonne paire de baskets trop chouettes, d’un chapeau de paille et d’un brumisateur eau de source, tu peux essayer de faire le tour de l’ile en une journée ! Bon peut être pas en une journée, et peut-être pas le tour entier mais on s’est compris ! Bien sûr, le soir venu, en allant boire ton planteur au Select, tu constateras bien vite que tout le monde sais que : « tu viens de faire le tour de l’île à pieds avec tes baskets trop chouettes bleues et blanches, ton brumisateur eau de source de marque Evian et ton chapeau de paille tressé à la main ». Ben ouais.

#Séance boulette

Sur le caillou, quand tu vas acheter 3 bananes et tes Nesquik au supermarché, tu croises l’équivalent de la population du Brésil (bon quand même pas, mais encore une fois, c’est pour l’histoire) prête à te ralentir dans ta course effrainée en caddy bruyant. Et autant te dire, que le jour ou j’ai fait l’erreur de prendre l’orange en bas de la pyramide de fruits, et que tout le reste a dégringolé dans le rayon frais, je suis passée pour une pilleuse de monuments sacrés.

Et j’en entends encore parler, un mois après. C’est pour dire !

#Séance saperlipopette

Un de ces quatre matins, en allant à la boulangerie, j’ai croisé le président de la collectivité. C’est comme si je te disais : « J’ai croisé le président de la République en allant chercher mon petit pain au chocolat » Inconcevable !

Sauf à St Barth.

Et même qu’il m’a sourit.

#Séance pipelette

J’ai pour manie, lorsque je croise quelqu’un que je connais, de manifester ma présence d’une manière assez extrême, en balancant mon bras de droite à gauche sur un longueur d’au moins 50m avant d’arriver à hauteur de la personne. Alors quand je croise, la nana avec qui j’ai parlé 2min en faisant la queue aux toillettes du sayo, forcément je lui fais signe. Mais quand tu croises cette même personne une 2eme fois dans la journée, puis même une 3eme fois. Tu réagis comment, dis moi ? Parce que bon, on a juste discuté deux minutes en faisant la queue aux toillettes du sayo, tu vois.

Alors, sur le caillou, c’est comme ça la vie. Tout le monde se connaît. De près ou d’un peu plus loin.

Et toi, tu la connais la nana qui écrit des billets d’humeur dans le magazine ?

Mise en abîme dans le Magazine!

image

Le problème avec ta créativité c’est:

-qu’elle arrive à n’importe quelle heure de la journée (ou de la nuit)

-qu’elle est super influencée par les garçons (et les garçons c’est chiant)

-qu’elle déconne pas mal, les samedis soirs à 3h du mat’

-qu’elle se croit intéressante

-qu’elle aime pas qu’on lui dicte des choses

-qu’elle regarde jamais sa montre

-qu’elle aime plutôt bien les souvenirs mélancoliques, & les playlists alacon

Le problème avec ta créativité c’est:

Qu’elle est pas mal incontrolable!

Ton moyen de locomotion sur le caillou

Quand, je suis arrivée sur le caillou, telle une nana qui veut faire sa maligne, j’ai dégoté un truc à deux roues qu’on appelle couramment : un vélo. T’ima- gines bien que ça ressemblait plus à une pièce digne du musée national de l’archéologie qu’a un moyen de transport. M’enfin bon, dix minutes de sport par jour quand on vit en jupe courte c’est pas né- gligeable. Alors après avoir fait appel aux meilleurs mécaniciens du vélo de l’île, avec ma chaine toute neuve, mes pédales étincelantes et mes pneus gonflés à bloc, j’ai enfourché l’engin à la manière d’un don quichotte des temps modernes.

Ni une ni deux, je m’aventure dans ma première épreuve : La tourmente. Je vais pas te mentir, j’étais aussi collante que ta crème solaire « accélérateur de bronzage ».

J’étais même acclamée par une foule en délire, qui me balançait de l’eau sur mon passage comme si j’étais le meilleur grimpeur. Bon d’accord j’en ra- joute, mais c’est pour l’histoire. Tu t’en douteras bien, le vélo ou moi, (j’hésite encore), n’ont pas su prendre la route inverse, pour quitter Gustavia.

Je me suis donc rabattue sur un moyen assez sem- blable et probablement moins fatiguant. Fallait-il déjà que je trouve comment tenir sur cet engin à moteur, qui, aux yeux du conducteur lambda, te rend aussi important qu’un être humain pour une étoile. Autant te dire, tu n’existes pas. Le problème avec le scooter, c’est que tu as beau être une nana et savoir faire deux choses en même temps, entre conduire et admirer le paysage, à un moment, il faut choisir. J’ai donc choisi. D’abandonner.

Puis la voiture c’est quand même banal, avoue.

Tu vas pas me contredire, ton moyen de locomotion sur le caillou c’est un peu comme la météo. Tu en parles au moins une fois par jour.

Alors en passant devant l’aéroport, j’ai proposé un deal à un pilote sympa. « Trois carambars et une co- rona et tu me déposes ni vu ni connu sur les quais ? ».

(Même que je suis casse cou, mais moi j’aime bien être dans le magazine.)

J’ai perdu une phrase dans mon vocabulaire

J’essaie de trouver ce qui me manque le plus depuis que j’ai quitté (fuis. abandonné. déserté) mon quotidien. Et je crois que je ne trouve rien. Je pensais que le manque était une conséquence de la solitude. Qu’en partant seule, je me prendrai le manque en pleine face. Je m’y étais préparée. Et puis rien. Je respire sous l’eau. Je sens des papillons dans le bas du ventre.

Bien sur, le dimanche matin, j’aimerai sentir l’odeur des petits pains au chocolat dans la maison. Le mercredi soir, j’aimerai entendre les copines raconter à coeur joie les potins de la semaine. Boire un café en attendant le train un vendredi de pointe.

Ici, je me suis trouvée un petit nid, en hauteur. C’est un peu un nid d’oiseau. Mais pour les êtres humains. Dans ce petit nid, il y a de la jolie musique qui défile. Un peu comme le temps. Et moi, j’aime bien faire passer le temps. 

J’essaye d’attraper ma liberté, avec un attrape papillons. Je rencontre les vrais gens, ceux qui te donnent envie de lever le matin. Puis ceux qui te donnent envie d’aller te coucher aussi. Ils sont comme ça les vrais gens.

Ici, sur le caillou, j’ai perdu une phrase dans mon vocabulaire: “J’espère qu’il fera meilleur demain.”

La psychologie en auto-stop.

image

Depuis que je vis sur l’île, île qui au passage est grande de 21km, autant te dire que je me perds tout le temps, j’ai développé un sens interéssant de l’écoute. Ma mère m’a toujours dit qu’il y avait une différence entre “entendre” et “écouter”

Je pars au travail, en auto-stop. Bon c’est pas pour faire ma maligne mais bien souvent, j’ai à peine le temps de sortir mon pouce qu’une main ouvre la porte d’un carrosse qui passe par là. Et je rencontre mon premier “compagnon de route” du matin. Chacun à une histoire différente, une façon de voir la vie. Surtout le matin.

Machine vient de déposer ses enfants à l’école et part profiter de la plage, Bidule a envie de parler de sa vie sentimentale catastrophique, Truc a des problèmes avec sa voiture (t’es bien mignon mais ça m’aurait arrangé que tu me dises ça avant que je boucle ma ceinture, Truc).

De là ou je viens, chaque matin les visages fermés et fatigués se succèdent dans la rame de métro. Au premier qui sortira, au premier qui compostera son ticket, au premier qui râlera. Ici, tu apprends à tutoyer les gens que tu croises, de simples inconnus qui deviennent des visages familiers, tu apprends à dire de ou tu viens ce que tu fais et ou tu vas, que tu avais besoin de soleil, d’air nouveau, de respirer.

Ici, tu apprends à écouter plutôt qu’entendre.

Le seul petit problème auquel je suis confrontée avec mes compagnons de route, c’est de penser à leur demander leur prénom. Franchement, tu trouves ça facile toi de demander le prénom de quelqu’un ? Ca fait un peu rencontre à la maternelle… “c’est quoi ton prénom?”

Alors, Truc, Machin, ou Bidule, on se croisera surement entre 8h & 8h30 sur la route de Gustavia, et avec plaisir je tendrai mon oreille pour une séance de psychologie en auto stop. Promis.

Ma nouvelle vie sur un caillou

Voilà 15 jours que j’ai posé le pied sur ce caillou des Antilles. Voilà 10 jours que j’ai commencé ce dessin. Voilà 5 jours que j’essaie de faire sortir les mots. Je crois qu’ils sont encore bloqués dans ma valise, j’ai beau l’avoir vidée entièrement. Alors à défaut de te dire comment je vais, comment je vis et ce que je ressens, je m’attarde sur ma plus grande passion : l’observation des gens. Le panel est assez large ici. 

Je me balade en STOP, je croise des américains, des saisonniers, des locaux. J’écoute leurs histoires puis je les classe dans des tiroirs. Je regarde les serveurs réaliser des cocktails énergiquement, je tends l’oreille vers des discussions qui ne me regarde pas. Je me demande si le soleil rend heureux. Si il assomme. Si il aide à moins penser. Je regarde des yeux bleus et je m’y perds un peu. Tiens, je viens d’apprendre que Leonardo DiCaprio est arrivé sur l’île, je vais faire un tour je reviens.

Les gens derrière les fenêtres

image

J’ai une fâcheuse manie à beaucoup observer les gens. Et cela depuis bien longtemps. J’aime regarder comment ils s’habillent, se maquillent, utilisent leur mains. J’invente des jeux les concernant. Mon nouveau jeu en date: regarder le haut des gens dans le métro et deviner quelles chaussures ils portent. Je me surprends à sourire toute seule quand je marque un point, tu imagines bien.

Mais par dessus tout, j’aime rentrer à pied la nuit, et marcher la tête en l’air pour regarder les fenêtres éclairées. Pas uniquement les fenêtres, mais plutôt ce qu’il se passe à l’interieur. N’y vois pas ici une certaine forme de voyeurisme. Je regarde l’intensité et la couleur de la lumière. Je cherche des atmosphères, des ambiances. J’essaie de cerner des bonheurs, de les ressentir. A travers les fenêtres éclairées des rues. Il ne faut pas croire que les fenêtres c’est uniquement fait pour les gens qui se trouvent à l’interieur, allons. Il m’arrive de me retrouver nez à nez avec un chat qui me met mal à l’aise, d’avoir scruté son espace vital.

Il y a des histoires à l’interieur des fenêtres, certaines sont jolies d’autres moins. Il y a des petits amoureux, lovés l’un contre l’autre dans le canapé, des pépés aux mains abimées par le temps, qui lisent des livres, les lunettes impeccablement placées sur le bout du nez, des enfants qui ne veulent pas s’endormir, des couples qui se font et se défont…

C’est un peu comme commencer à lire un livre. Les premières ambiances, les tableaux aux murs, les rideaux à moitiés tirés, les bibliothèques bien rangées.

La nuit dernière, a cause de mes yeux en l’air, j’ai trébuché sur un pavé qui sortait du sol.

"Tu ferais mieux de regarder ton propre bonheur, ma grande" qu’il m’a dit.